Le procès d’Abdrahamane Keïta, directeur de publication du journal Le Témoin, a débuté ce lundi 7 septembre 2026. Le parquet requiert trois ans d’emprisonnement, dont deux ans ferme et un an avec sursis. Le délibéré est fixé au 14 septembre 2026.
C’est aux environs de 13 h qu’Abdrahamane Keïta a été appelé à la barre, vêtu d’un tissu blanc. Placé sous mandat de dépôt en juin dernier, il est poursuivi pour atteinte à l’unité et au crédit de l’État, à caractère régionaliste, ainsi que pour diffusion de fausses informations par le biais d’un système d’information.
Après plusieurs reports, l’audience inaugurale de son procès s’est tenue au Pôle de cybercriminalité. Devant le juge, il a rejeté les faits qui lui sont reprochés.
« Je les rejette parce qu’ils reposent sur des éléments détachés d’un ensemble », a-t-il martelé, dénonçant par ailleurs « une cabale » contre sa personne. Il dit également se sentir « incompris » à travers ses propos.
Pour cette audience suivie par la presse au Mali, les débats ont été houleux entre le prévenu et le ministère public, représenté par le procureur Adama Coulibaly dans une affaire dont l’origine remonte en juin 2026.
Les propos à l’origine de l’arrestation
Tout est parti des propos tenus sur le plateau de l’émission Le Grand Jury, le 4 juin 2026, sur Renouveau TV. L’émission, animée par Abdrahamane Keïta et son confrère Chahana Takiou, accueillait comme invité Mohamed Ousmane Ag Mohamedoun Haidara, membre du CNT et défenseur du courant « Assimisme ».
Selon le témoignage du journaliste, au cours du débat sur le bilan de la transition que l’invité défendait, il a posé la question : « Est-ce que les événements du 25 avril ne constituent pas un échec de l’Assimisme défensif ? ». Question à laquelle Abdrahamane Keïta estime que son invité n’a pas répondu convenablement, tentant de « dérober la réponse » par des propos « personnalisés » : « Si Assimi a échoué, vous serez administré par Iyad Ag Agaly ». C’est la raison qui l’a poussé à répliquer par : « Il m’administre parce qu’il administre mes compatriotes à Kidal », se justifie-t-il.
Une expression derrière laquelle il avoue n’avoir « aucune intention de diffuser une fausse information » ni « aucune intention de magnifier le fait que Kidal est administré par Iyad Ag Agaly ».
Il rappelle également avoir tenu ces propos dans un contexte où l’administration publique était absente de Kidal au moment de sa déclaration. Ainsi, soutient-il, ses propos ne portent aucunement atteinte à l’intérêt de l’État, parce qu’ils n’ont produit aucun effet de déstabilisation.
Néanmoins, lorsqu’on lui a demandé d’exprimer son sentiment, Abdrahamane Keïta a martelé : « Les libertés qu’on juge fondamentales ne sont pas les plus précieuses ».
Prenant la parole, le ministère public affirme que les propos du journaliste portent atteinte au crédit de l’État et à l’unité, et qu’ils ont un caractère régionaliste. Selon lui, le responsable média a pris position au lieu de se contenter de poser des questions.
Dans ce procès, le contentieux de l’État réclame également la condamnation d’Abdrahamane Keïta au paiement 1 500 000 francs CFA à titre de dommages et intérêts.
La défense, quant à elle, réclame la relaxe d’Abdrahamane Keïta. Elle a affirmé que les propos tenus par leur client ne portent pas atteinte au crédit de l’État, n’ont pas de caractère régionaliste, ni de discrimination raciale, et ne constituent pas une diffusion de fausses informations.
Le délibéré est attendu le 14 septembre 2026.
Jidiata Maïga








