Mali : Cheick Oumar Yara, un militant anti-esclavagiste emprisonné

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Cheick Oumar Yara, l’un des leaders du RMFP Ganbanaa Xun, un mouvement anti-esclavagiste, est détenu depuis la mi-février pour « un délit à caractère racial ».

Dans la région de Kayes, des milliers de personnes aspirent depuis quelques mois à briser la chaîne de l’esclavage. Une pratique illégale qui remonte à plusieurs siècles. Les militants anti-esclavagistes payent un lourd tribut. C’est le cas de Cheick Oumar Yara, l’un des leaders du mouvement RMFP Ganbanaa Xun. Il a été interpellé à la mi-février et placé sous mandat de dépôt pour « délit à caractère racial » sur la messagerie WhattApps. « J’ai écouté l’audio incriminé. Mais il n’a rien dit de répréhensible », soutient Aliou Touré, l’un de ses avocats. Aussi, d’après lui, les plaignants, Madiaké Camara et Moctar Gory, ne peuvent pas se constituer partie civile au nom de tout le Kaarta. « Ils ne peuvent pas justifier cela », explique l’homme de droit. Selon lui, un député de la zone, Mohamed Tounkara, en veut aussi à son client pour ses prises de position en faveur de l’abolition de l’esclavage par ascendance. « J’ai appris qu’il s’est rendu à la gendarmerie pour peser de son influence. Et là-bas, il a eu une altercation verbale avec mon client. Cela ressort même dans le procès-verbal », rapporte Me. Touré.  « Il n’est pas esclave. Mais, il soutient les esclaves contre nos gens (les nobles) », peut-on entendre dire l’élu dans un message audio. Le prévenu, Cheick Oumar Yara, qui avait fait une demande de mise en liberté provisoire, a été présenté au juge en début de semaine. L’affaire est mise en délibéré pour le 24 février, soit près d’une semaine avant l’audience de fond, prévu le 31 mars.    

 A Kainéra, Kerwané, Bagamabougou, Tinguéra, Toumani, Mambry, plus de 2 000 personnes ont été contraintes de quitter leur village d’origine. Leur crime : avoir réclamé la fin des pratiques esclavagistes. La Commission nationale des droits de l’homme (Cndh) et plusieurs autres associations de défense des droits de l’homme œuvrent pour mettre fin à la pratique. Mais elles butent sur la toute-puissance des lobbies pro-esclavagiste qui se barricadent derrière la tradition et la coutume pour justifier leur pratique ignoble. 

Lassina Niangaly

Major de la 3ème Promotion de la Formation en Alternance de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille à Bamako en 2018, Lassina NIANGALY, 33 ans, est journaliste depuis août 2012. Il est titulaire d'une maîtrise en Histoire-Archéologie et d'un Bac+5 en Histoire et Géographie. A la base professeur d'enseignement secondaire.

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