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Békaye Sibé : « Le handicap ne peut être un prétexte pour baisser les bras »

6 mins de lecture

Békaye Sékou Sibé, 20 ans, autiste, orphelin de mère et de père, en classe de Master I, rêve de devenir architecte. Brillant à l’école, le jeune étudiant, issu de la lignée de Sékou Sallah, érudit de grande renommée, ferme les yeux sur les préjugés et moqueries pour bâtir son avenir.

« Si je n’avais pas été autiste, j’aurais intégré une école coranique, et jamais je n’aurais pu imaginer devenir architecte ». L’arrière petit fis de du grand érudit feu Sékou Sallah Sibé est le premier de sa famille à intégrer l’enseignement académique classique.

Deuxième d’une fratrie de quatre enfants, Bekaye souffre d’un handicap : il est autiste. Un trouble de neuro-développement humain caractérisé par des difficultés dans les interactions sociales réciproques, la communication et le comportement à caractère restreint, répétitif et stéréotypé. Il se manifeste à des degrés divers. Si certaines victimes sont totalement handicapés, ne peuvent ni parler, ni marcher, d’autres comme Békaye Sibé jouissent d’une certaine autonomie.   

Au Mali, les personnes atteintes de cet handicap sont régulièrement victimes de préjugés ou de moqueries. Car mal connu, il est généralement interprété comme un mauvais sort ou lié à la colère des mauvais esprits.

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Fermer les yeux sur les préjugés pour avancer

Gros travailleur et  brillant à l’école, Bekaye, lui, préfère fermer les yeux sur les mauvais regards et jugements pour se concentrer sur ses études. Amoureux des maths, matière dans laquelle il a eu 16,50 au Bac, l’étudiant en Master I à l’Ecole supérieure d’Ingénierie, d’Architecture et d’Urbanisme (ESIAU) a des difficultés dans les travaux pratiques. « Mon gros problème, c’est le dessin. J’ai la main qui tremble. Du coup, les exercices que les autres font en une heure, il me faut deux heures », raconte-t-il, les yeux scintillants. Sa voix balbutie mais son français est soigné.

A l’école, son courage, son intelligence, sa détermination plaident en sa faveur auprès de ses professeurs qui le traitent avec attention. « C’est quelqu’un qui a de bonnes idées. Mentalement il est très calé. Il sait partir d’une idée avant de réaliser son projet. En architecture cela est fondamental. Au début il avait des difficultés. Mais, il a su surmonter les obstacles », témoigne un de ses professeurs à l’ESIAU.

Orphelin de mère à deux ans, puis de père à quatre ans, entretenu par sa grand-mère, la perte de ses parents et son handicap sont, pour lui, des sources de motivation. « Depuis tout petit, les gens se moquent de moi. Mais je ne fais pas trop attention à tout ça maintenant. Je me dis que c’est la volonté de Dieu», se console Békaye. Issu de la troisième lignée du grand érudit, Feu Sékou Sallah Sibé, né d’un père maître coranique, dans sa famille, très conservatrice, il est le premier à suivre l’enseignement académique. En cause : son handicap.

Travailler dur pour honorer la mémoire de mon père

«Si je n’avais pas cet handicap je serai à l’école coranique comme les autres membres de ma famille », affirme-t-il. Sur ses origines, le jeune étudiant est avare en mots. Pas un seul détail sur son arrière grand père marabout de renom, du moins jusqu’à ce qu’on lui demande des clichés de son enfance.

« Malgré son handicap, j’ai demandé aux professeurs d’être rigoureux avec lui sans être méchants. S’il a des difficultés, il faut toujours l’aider à s’appliquer. Sinon il va se laisser dominer par son handicap. Ça n’a pas été facile pour lui au départ, mais maintenant il s’en sort bien », ajoute Abdoulaye Deyoko, le directeur de l’ESIAU.

«Je n’ai pas de choix», conclue l’étudiant. «Le handicap ne peut être un prétexte pour moi de baisser les bras», poursuit-t-il. Ses études terminées, Békaye ambitionne d’ouverture un cabinet d’architecture et terminer les sentiers lancés par son défunt père dans son village.

« Mon père était socialement très engagé pour sa communauté. Il avait entamé la construction de mosquées et d’écoles dans son village, Téguendé, dans le cercle de Bankass» raconte Békaye Sékou Sibé . Mais il est décédé, très tôt sans pouvoir achever ses chantiers. Je voudrais honorer sa mémoire et prendre sa relève, explique-t-il pour justifier ses études en Architecture.

Lassina Niangaly

Major de la 3ème Promotion de la Formation en Alternance de l'Ecole supérieure de journalisme de Lille à Bamako en 2018, Lassina NIANGALY, 33 ans, est journaliste depuis août 2012. Il est titulaire d'une maîtrise en Histoire-Archéologie et d'un Bac+5 en Histoire et Géographie. A la base professeur d'enseignement secondaire.

3 Comments

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