Aziz El Badraoui, PDG du Groupe Ozone.

Convention d’assainissement : Ozone réclame 23,8 milliards de FCFA à l’Etat malien

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Après cinq ans de mise en œuvre, le contrat de propreté délégué à Ozone-Mali peine à atteindre son objectif : rendre Bamako coquette. Le Président directeur général (PDG) du Groupe Ozone Aziz El Badraoui lors d’un entretien tenu en marge de sa visite de 48 heures à Bamako en fin décembre, rejette la faute à l’État malien incapable d’honorer ses engagements. L’entreprise réclame une ardoise de plus de 23,8 milliards de FCFA au gouvernement.   

Le Jalon.com : Quel est l’objectif de votre visite de quelques heures à Bamako ?

Aziz El Badraoui : Je suis à Bamako afin de chercher des solutions pour épurer les arriérés d’Ozone-Mali. J’ai rencontré des autorités du pays avec lesquelles nous avons discuté. Je rentre satisfait de cette mission. À ce jour, Ozone Mali à des factures impayées s’élevant à 23,8 milliards de FCFA que l’Etat du Mali doit régler. Outre notre volonté de redynamiser le contrat, je viens aussi présenter un nouveau plan d’actions aux responsables de notre société pour un redémarrage.  

Le Jalon.com : Quel regard vous portez sur les cinq ans d’Ozone Mali ?

Aziz El Badraoui : Je juge positif l’ensemble du contrat délégué de la propreté de Bamako confié à Ozone-Mali, l’une des filiales du groupe Ozone basées au Maroc. En dehors du Mali, nous opérons dans d’autres pays. Je reconnais par ailleurs que l’évaluation de tout le contrat est difficile à ce stade. Mais ce qui est palpable, c’est qu’Ozone-Mali évacue les déchets ménagers de Bamako où elle collecte 1 400 tonnes de déchets produits par jour.

Le Jalon.com : Là vous présentez un bon bilan qui contredit celui de la mairie du District de Bamako. Chargé du suivi dudit contrat, l’hôtel de ville n’est pas satisfait de votre travail. Raison : seulement 30 % des déchets sont évacués. Le constat est partagé également par la majorité de la population.

Aziz El Badraoui : Aujourd’hui, les gens se plaignent. Mais, je garde toujours en tête les tas d’ordures qui occupaient les rues de Bamako. Quand on venait, à peine on ne pouvait pas faire la différence entre le trottoir et la route. On est venu trouver que des ronds-points étaient enterrés par le sable. Certains coins des marchés de Bamako étaient inaccessibles à cause des ordures. Les gens ont tendance à oublier ces réalités d’alors. Ce qui est important, c’est la réalité sur le terrain.  Et, si on n’évacuait seulement que 30 % des déchets de Bamako, la ville n’allait pas se trouver dans cet état. Aussi, si on n’évacuait que 30 % des 1400 tonnes de déchets produits par jour, il faut se demander où vont les 70 %.

Le Jalon.com : Au-delà de ces plaintes, des agents déplorent également leurs conditions de travail. Nous avons été témoins des agents travaillant sans gant ni botte. Certains nous confient même avoir acheté leur balai. Est-ce normal ?

Aziz El Badraoui : Le groupe Ozone est certifié. Ozone a l’ISO qualité, ISO environnement. Donc, c’est une société qui respecte les normes et les conditions de la collecte jusqu’à l’évacuation des déchets. Je suis surpris d’entendre que des travailleurs achètent leur balai. Cela est n’est pas vrai. J’espère qu’ils ne vous ont pas dit aussi qu’ils achètent du gasoil pour les véhicules (rire). Il faut comprendre qu’Ozone fait tout pour doter ses agents de moyens de travail. Mais, souvent nous sommes surpris que ceux-ci soient utilisés à d’autres fins. Je donne des tenues de travail qui sont vendues après. Il y a d’autres qui préfèrent garder leur nouvelle tenue pour porter l’ancienne.  

Le Jalon.com : Quid des salaires qui ne sont pas payés à temps. Actuellement, certains en sont à deux mois d’arriéré.

Aziz El Badraoui : Il faut comprendre que le paiement des salaires ne relève pas d’Ozone. Nous sous-traitons avec deux sociétés de placement qui mettent à notre disposition des agents. Ce sont celles-ci qui s’occupent de leur paiement.  Mais, le fond du problème est que l’État malien ne paye aussi les factures d’Ozone. Si on ne nous paie pas, comment je vais faire pour garantir le salaire des travailleurs. Souvent, je suis obligé de payer les travailleurs de ma poche.

Le Jalon.com : Mais, comment vous parvenez à atteindre vos objectifs alors que l’on constate sur le terrain une baisse de la capacité de la société : moins d’engins roulants et une diminution considérable du nombre des travailleurs. De plus 1000 personnes, selon des sources, le personnel d’Ozone Mali a chuté à moins de 800 agents actuellement.

Aziz El Badraoui : C’est vrai, les engins ont été fortement endommagés à cause de l’état des routes, de la mauvaise conduite des chauffeurs. Au-delà de ces problèmes, des pièces de rechange sont également dérobées par des travailleurs. Ceux-ci ont impacté négativement sur la capacité de mobilité de Ozone Mali à un moment donné. Toutefois, nous venons de faire un investissement de 4 millions d’euro en matériels (Ndlr soit plus de 2 milliards de FCFA).   

S’agissant de l’autre volet de la question, à cause de la situation financière difficile, nous avons réduit le nombre d’agents. En effet, l’État malien n’arrive pas à honorer ses engagements dans la mise en œuvre du contrat. Oui, nous avons décidé de revoir l’effectif des agents pour optimiser. Sinon, au démarrage du contrat, nous étions à 1600 agents. Présentement, je n’ai pas les dernières données.

Le Jalon.com : Avec ces difficultés comment vous présagez ce contrat ?

Aziz El Badraoui : Si on nous payait régulièrement, on allait rendre la ville de Bamako plus propre. On allait donner à Bamako son lustre d’antan, son éclat et son titre : Bamako, la coquette. Pour atteindre nos objectifs, nous avons commencé à aménager des dépôts de transit d’ordures. Or, cela ne rentre pas dans le cadre du contrat. Pour le centre de Lafiabougou, il faut un investissement d’au moins de, 1 million d’euro (plus de 600 millions de FCFA). Donc, malgré les difficultés, on ne lâche rien, on fonce. On fait ce que l’on peut faire.

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