Sousaba Sakiliba, (NDLR prénom modifié), originaire de Kayes, mariée à treize ans, en violation des lois, puis divorcée traine encore des séquelles psychologiques et physiques.
« Je ne voulais pas de ce mariage. Je suis restée des jours sans me nourrir quand j’ai appris la nouvelle. Mais je n’avais aucun pouvoir face à ma famille. Mon père menaçait ma mère de répudiation si je ne me pliais pas à sa volonté. Donc le mariage de ma mère dépendait de mon accord», raconte Sousaba, larmes aux yeux. Le rêve de celle qui était parmi les meilleurs de sa classe est brisé de manière inattendue et brutale. L’adolescente est mariée à son cousin qui avait 18 ans d’écart avec elle.
« Pour emballer mes parents dans son projet, il a promis à ma famille, qu’une fois le mariage consommé, qu’il m’enverrait en France pour y terminer mes études. Je n’avais que faire de la France. Une promesse qu’il ne tiendra d’ailleurs pas », témoigne-t-elle.
Malgré son rejet, elle s’est finalement retrouvée dans le lien de mariage. « Je m’étais résignée, j’étais devenue une épouse n’ayant aucune notion du mariage. Une année plus tard, je suis tombée enceinte. Parce que mon mari n’a pas attendu que mon corps soit prêt, ma grossesse a été difficile», raconte-t-elle. Après un accouchement compliqué, Sousama s’en sort avec des séquelles au dos et des déchirures vaginales.
Solitude
Dans son foyer, elle se sentait seule. Car dit-elle, il n’y avait pas de communication entre elle et son époux quel que soit le sujet ou le problème. Elle n’avait pas droit à la parole et devait seulement obéir. L’époux en avait décidé ainsi. « Je me souviens que le soir quand il rentrait du travail, seul le bruit de son moteur me faisait frissonner. Je tremblais de peur et ne pouvais plus rester sur place. Même quand il se fâchait il m’insultait moi, mes parents et me rappelait en détails chaque centime qu’il avait dépensé pour ma famille» se rappelle encore Sousama.
Après 5 années dans cette situation, dans ce traumatisme, Sousaba a fini par le quitter. Mais non sans difficultés. « La première fois que j’ai voulu partir, mon mari a appelé mon père pour lui rappeler tout ce qu’il fait pour ma famille. Et j’en suis la récompense» rappelle-t-elle.
La seconde tentative a également échouée avec l’intervention d’un frère de la victime. Mais finalement elle a pu se libérer avec l’aide de sa mère qui, ne voyant pas les promesses de son beau-fils prendre vie, a finalement prêté main forte à sa fille. Mais le cauchemar était loin d’être fini. Le père de Sousaba et ses frères ont refusé de l’accueillir. Elle s’est quand même entêtée à rejoindre sa mère. La vie chez les parents était aussi catastrophique que celle au foyer. Entre les humiliations, les insultes, les critiques. « Avec eux, le dialogue était complètement rompu. Ils disaient que j’étais morte à leurs yeux » confie-t-elle.
Quelques mois plus tard, l’ex-époux est venu réclamer sa fille que Sousaba avait amenée avec elle. Ses oncles se sont précipités à la lui arracher. Elle a supporté cette autre forme de vie chez ses parents jusqu’au jour où elle s’en est sortie.
Une seconde vie
Après tant d’années de souffrance Sousaba finit par contracter une relation avec un autre homme qui aboutit au mariage. « Le jour de ce mariage ni mon père ni ses frères n’étaient présents. C’est la famille de ma mère qui s’est chargé de tout. Aujourd’hui, je vis ma nouvelle vie sans ma fille avec les regrets de n’avoir pas pu réaliser mes rêves de scolarité. Aussi, des problèmes de santé liés à la grossesse et à l’accouchement, des troubles psychologiques, l’altération de ma personnalité» raconte-t-elle.
Que dit la loi ?
Au Mali, la loi 2011-087 du 30 décembre 2011 portant code des personnes et la famille fixe en son article 281 l’âge minimum pour contracter mariage à seize ans pour la femme. Selon le sociologue Aly Tounkara, la déclaration universelle des droits de l’homme, définit le mariage précoce comme une atteinte aux droits fondamentaux de la personne, notamment à sa liberté et à son intégrité physique. De ce fait, le mariage ne peut et ne doit être contracté avant que la personne ne soit physiquement et psychologiquement prête. « Ce que tout le monde doit comprendre, est que les mariages précoces et forcés maintiennent les jeunes filles dans des conditions de pauvreté et d’impuissance, de génération à génération », poursuit le sociologue.
A l’image de Sousaba Sakiliba, combien de jeunes filles sont dans la même situation ? Combien d’entre elles sont là cachées dans la peur et dans le désespoir, résignées à vivre une vie imposée ? Combien d’entre elles vivent avec des séquelles après des grossesses prématurées ? Voir ce phénomène continué, donne l’impression que c’est un péché de naitre ‘’fille’’.
Mariétou MACALOU




