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Non, cette délégation malienne ne s’est pas rendue en Côte d’Ivoire pour négocier de l’électricité

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Une vidéo largement partagée sur TikTok affirme qu’une délégation malienne s’est rendue en Côte d’Ivoire pour demander une augmentation de la fourniture d’électricité, en s’appuyant sur une photo. Cette image sortie de son contexte n’a aucun lien avec une mission énergétique. Egalement, l’auteur de la vidéo évoque des chiffres sur les exportations d’électricité qui ne permettent pas non plus de conclure à une reprise de la fourniture d’électricité vers le Mali.

Depuis quelques jours, plusieurs vidéos affirment que l’amélioration de l’accès à l’énergie observée au Mali serait due à une reprise de la fourniture d’électricité par la Côte d’Ivoire. L’une d’elles, publiée par le compte TikTok thierno_bt, avance des chiffres : « En 2023, la Côte d’Ivoire a exporté 297 GWh vers le Burkina Faso, 265 GWh vers le Mali, 79 GWh vers le Ghana et 383 GWh via le CLSG (Libéria, Sierra Leone, Guinée), soit plus de 1 000 GWh au total. En 2024 et 2025, les exportations se sont poursuivies, atteignant environ 787 GWh en 2025. »

Ce que disent les faits

Les chiffres avancés pour 2023, 297 GWh vers le Burkina Faso, 265 GWh vers le Mali, 79 GWh vers le Ghana et 383 GWh via le CLSG, correspondent bien aux données publiées par le ministère ivoirien des Mines, du Pétrole et de l’Énergie (Annuaire CI-ENERGIES), reprises sur le portail Économie Ivoirienne.

Le chiffre de 787 GWh en 2025 est également exact. Il figure dans le rapport annuel 2025 de la CIE (disponible ici) qui indique que les ventes d’énergie à l’exportation ont atteint 786,6 GWh en 2025, contre 670,2 GWh en 2024, soit une hausse de 17%.

Cependant, ce chiffre est un total agrégé, tous pays clients confondus (Ghana, Burkina Faso, Bénin/Togo, Libéria, ainsi que les pays du CLSG, Sierra Leone et Guinée). 

Dans le rapport 2025 présenté comme preuve que les exportations se sont poursuivies au Mali, la CIE ne fournit aucune donnée par pays et, surtout, ne mentionne à aucun moment une fourniture d’électricité au profit du Mali. Sur les 127 pages du document, le mot « Mali » n’apparaît qu’une seule fois, à propos du retrait du pays de la CEDEAO, sans lien avec l’énergie.

Présenter ce total multi-pays comme une preuve de reprise des exportations vers le Mali, en particulier, est donc trompeur.

Les données disponibles montrent au contraire une baisse des exportations vers le Mali

En l’absence de données officielles par pays pour 2025, le dernier Annuaire CI-ENERGIES disponible couvre l’année 2024. Dans ce document, les chiffres montrent au contraire une baisse des exportations d’électricité vers le Mali entre 2022 et 2024. Ci-dessous, la capture d’un extrait de ce rapport.

Encore fin 2024, le directeur général d’Énergie du Mali (EDM-SA), Abdoulaye Djibril Diallo, plaidait auprès du Premier ministre malien pour « un retour vers la Côte d’Ivoire » comme solution à la crise énergétique du pays. C’était la faveur d’une visite du Premier ministre, Abdoulaye Maïga, à l’Énergie du Mali SA afin de s’enquérir de la situation (compte rendu de cette visite). Cela montre qu’à cette date, la fourniture n’était plus effective, ou du moins très insuffisante. En effet, les données de 2024 atteste que le taux de fourniture a chuté de plus de la moitié comparativement à 2023.

La photo n’a aucun rapport avec l’énergie

La vidéo est accompagnée d’une photo présentée comme celle d’une délégation malienne en visite en Côte d’Ivoire pour demander une augmentation de la fourniture d’électricité. Selon l’auteur de la vidéo, la mission s’y serait rendue pour solliciter une hausse de l’approvisionnement électrique auprès de la Côte d’Ivoire.

Une recherche inversée de la photo intégrée à la vidéo montre toutefois qu’il s’agit en réalité d’un cliché pris lors d’une mission de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) du Mali au Togo en mai 2026, selon cette publication. 

Cette délégation, conduite par Dansoko Marie Thérèse, conseillère technique du ministre malien de la Justice et des Droits de l’Homme, et par Abdoul Karim Diarra, directeur national des Droits de l’Homme, s’est rendue à Lomé pour s’inspirer de l’expérience togolaise en matière de gouvernance des droits humains. Le déplacement a été documenté par plusieurs médias togolais ainsi que par le ministère malien lui-même. Il n’a donc aucun lien avec une négociation énergétique en Côte d’Ivoire.