L’Association Temedt a célébré ce mercredi 12 août, son 20e anniversaire lors d’un point de presse organisé à son siège national à Bamako. Le président de l’association est revenu sur deux décennies de lutte contre l’esclavage par ascendance et les discriminations qui en découlent au Mali.
Créée le 12 août 2006 à Ménaka, Temedt est née d’une dynamique portée par des cadres et des communautés décidées à rompre le silence autour de pratiques jugées inhumaines. Dans son discours, le président Ibrahim Ag Idbaltanat a rappelé que l’idée avait émergé à Ménaka, puis à Gao et Bamako, avant d’aboutir à un forum ayant réuni environ 3 000 personnes, à l’issue duquel l’association a vu le jour.Le président de Temedt a rendu hommage aux hommes et aux femmes qui, souvent dans l’anonymat, ont contribué à faire avancer la cause. Il a cité plusieurs figures emblématiques de cette résistance et rappelé le prix humain payé par certaines victimes de l’esclavage, évoquant notamment des lynchages et des violences subies par ceux qui ont refusé de se soumettre. M. Idbaltanat a insisté sur la ligne de conduite de l’organisation : la justice plutôt que la vengeance, l’éducation plutôt que le fanatisme, et une lutte non violente inspirée par Martin Luther King. Temedt se présente ainsi comme un mouvement de dignité, de discipline et de défense des droits humains.
Une réalité toujours présente
Malgré les avancées, l’esclavage par ascendance demeure, selon le discours, une réalité douloureuse au Mali. Temedt souligne que des milliers de personnes continuent de subir discriminations, exclusions sociales et violences en raison de leur naissance, dans un contexte marqué par le déni, le silence et l’absence de volonté politique.Ibrahim Ag Idbaltanat a aussi rappellé que la Constitution du 22 juillet 2023 interdit l’esclavage et que le Code pénal adopté en 2024 le reconnaît comme un crime. Pour Temedt, ces progrès juridiques constituent une avancée majeure, mais ils doivent désormais être suivis d’effets concrets sur le terrain.Dans la déclaration, le président de Temedt a retracé trois grandes phases du combat de Temedt. La première, entre 2006 et 2012, correspond à l’institutionnalisation de l’association, avec ses premières actions de plaidoyer, de mobilisation et de défense des victimes. La deuxième, de 2012 à 2018, est présentée comme une phase de consolidation et d’élargissement des bases. La troisième, amorcée ensuite, vise à renforcer l’ancrage territorial et le réseau national de l’organisation.Temedt affirme aujourd’hui disposer d’une couverture nationale, avec un bureau au moins dans chaque capitale régionale, signe d’un maillage devenu plus solide au fil des ans.
Des recommandations claires
À l’issue de cet anniversaire, Temedt a formulé plusieurs recommandations, parmi lesquelles l’adoption d’une loi spécifique contre l’esclavage, le respect des décisions de justice, l’accompagnement des victimes, la sensibilisation du public et la création d’une journée nationale contre l’esclavage. L’organisation plaide aussi pour une réponse régionale, estimant que les pratiques esclavagistes dépassent les frontières du Mali et nécessitent une approche concertée entre États voisins.En célébrant ses 20 ans, Temedt ne s’est pas contentée de marquer un anniversaire symbolique. L’association a surtout voulu rappeler que la lutte contre l’esclavage par ascendance reste d’actualité et qu’elle exige encore mobilisation, courage politique et engagement citoyen.






