Centre de prise en charge de Covid-19 de l'Hôpital du Mali. © Maliki Diallo/ Le Jalon.
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Prise en charge des malades Covid-19 : les agents contractuels sur les dents

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Malgré qu’ils ne soient pas payés depuis trois mois, les médecins, infirmiers, pharmaciens… recrutés par l’Hôpital du Mali pour le traitement des malades de la Covid-19 continuent de travailler.

Les agents de santé mobilisés pour la prise en charge des malades Covid-19 au centre de traitement de l’hôpital du Mali sont à trois mois sans salaire. Ils sont une soixantaine de personnes concernées. Elles ont organisé une brève manifestation dans la cour de l’hôpital le 14 septembre après des préavis de grève sans issue favorable. Contrairement aux rumeurs relayées sur la toile, le personnel soignant ne s’est pas débrayé. En dépit des difficultés, ils assurent le service.

Le Jalon a pu visiter le centre de traitement et échanger avec des agents sur place juste après la manifestation.

« Il était question de signifier notre mécontentement, de faire comprendre à l’autorité compétente que nous avions besoin d’entrer en possession de notre dû», a précisé Dr Tchuisi Calmer Richie, médecin au centre de traitement de la Covid-19 à l’Hôpital du Mali. «Mais qu’à cela ne tienne, les activités ont repris au cours de la journée », a-t-il poursuivi. Ici, le personnel soignant travaille 24/24.

Budget de fonctionnement en question

La direction de l’hôpital, l’un des plus grands centres de traitement du coronavirus du pays, admet son tort. La mise en place du site de traitement a nécessité un recrutement spécial de contractuels avec l’autorisation du gouvernement. « L’hôpital fonctionnait déjà avec un sous-effectif. Ce que nous a amenés à recruter 62 contractuels depuis le début de la pandémie. Un moment donné, on était obligé d’augmenter l’effectif en embauchant 17 autres médecins et infirmiers en prestation de garde », a indiqué Dr Boubacar Sidiki Ibrahim Dramé, point focal Covid-19 à l’Hôpital du Mali.

Problème : cette activité a commencé sans qu’aucune disposition concrète n’ait été prise par rapport au budget de fonctionnement. C’est pourquoi, explique-t-il, le paiement des premiers salaires a pris du retard. « Dans cette attente, le ministère des Finances a mis à la disposition de l’hôpital 100 millions de francs CFA pour gérer les urgences avant la validation d’un plan de budget. Ç’a été le cas pour les autres structures. 70% de cet argent a été utilisé immédiatement pour payer presque les trois mois d’arriérés des agents », a souligné Dr Dramé.

Conséquence de la crise politique

Après ce premier financement, les hôpitaux ont élaboré leur budget de fonctionnement. Entre temps, la crise politique s’est éclatée, le 5 juin, avec le premier rassemblement du M5-RFP. Six jours plus tard, le 11 juin, le Premier ministre, Boubou Cissé, a rendu sa démission et celle de son gouvernement au président avant d’être reconduit. Mais la situation politique tendue n’a pas permis la formation d’un gouvernement jusqu’à la chute du pouvoir par le coup d’Etat du 18 août. Conséquence: cette instabilité politique a retardé la validation du budget de fonctionnement de l’Hôpital du Mali et ceux des autres structures pour faire face aux charges supplémentaires provoquées par la maladie à coronavirus.    

« Nous sommes restés en attente de plus d’un mois. Nous étions obligés d’informer nos employés du retard de paiement à cause de la lenteur dans le traitement de la demande de fonds. Ces informations ont été données, les gens ont patienté. Et nous sommes allés au deuxième mois sans paiement. On a commencé à sensibiliser davantage. Entre temps le coup d’Etat est intervenu et cela a compliqué la situation. Présentement, nous sommes à trois mois sans salaire », a soutenu le point Focal Covid-19. Le personnel du centre de prise en charge

Remerciés avec trois mois d’arriérés 

Parallèlement à la situation politique, le nombre de cas de la Covid-19 à considérablement baissé jusqu’à zéro souvent. « Le centre de prise en charge est resté vide pendant quelques jours. On s’est dit qu’il faudrait réajuster l’effectif proportionnellement à au moins cinquante patients. Parce que ça faisait longtemps qu’on atteignait plus vingt patients par jour. On a discuté de cette réduction avec l’ensemble des acteurs concernés. Finalement on est parvenu au consensus de libérer un certain nombre», a-t-il indiqué alors que des agents ne sont pas mis dans leur droit. Une décision très difficile, mais c’est la seule alternative pour Dr Boubacar Sidiki Ibrahim Dramé à défaut d’avoir de l’argent pour payer les gens. L’hôpital s’est ainsi débarrassé de près de la moitié de l’effectif de prise en charge des malade de Covid-19. Ce n’est pas tout. Il a arrêté le contrat avec tout le monde le 25 août avant de reconduire certains. Les chanceux et les moins chanceux sont tous dans la même situation : trois mois sans salaire.

Après le préavis de grèves annoncé pour le 9 septembre, le directeur de l’Hôpital, le secrétaire général du ministère de la Santé et celui des Finances se sont réunis en urgence. Cette rencontre a pu débloquer la situation, s’est réjoui Dr Dramé. « Notre financier a été mis en contact avec le directeur national du budget pour procéder rapidement au paiement des agents. On les a informés de ces détails pour qu’ils puissent lever leur mot d’ordre de grève du 9 septembre. Mais ils avaient prévu un mouvement le 14 si le paiement n’est pas effectif. Aujourd’hui, on a l’argent, mais il faut un peu de patience d’ici que les comptes ne soient alimentés. Le virement prendre un peu de temps », a précisé Dr Dramé.   

Maliki Diallo

Diplômé de l'École supérieure de journalisme de Lille et de l'Université de Lille, Maliki Diallo est journaliste depuis 2012 au sein du Groupe Renouveau. Il a travaillé notamment pour le quotidien l'Indicateur du Renouveau, Renouveau TV et le site aumali.net. Âgé de 29 ans, il a remporté, le 29 décembre 2018, le 2e prix du journalisme sensible au genre et, le 29 novembre 2019, le 1er prix de la prévention de l'extrémisme violent au Sahel et dans le bassin du lac Tchad à Ouagadougou.

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