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Education : dans le monde, 1 enfant sur 3 est victime de harcèlement scolaire

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23 janvier 2024.- À l’occasion de la Journée internationale de l’éducation qui sera célébrée le mercredi 24 janvier, Educo, une ONG axée sur l’enfance, rappelle que l’éducation contribue à éloigner les enfants de la violence et que les centres scolaires doivent être des espaces sûrs pour toutes et tous.

« La Convention relative aux droits de l’enfant de 1989 stipule que tous les enfants ont le droit d’être protégés. Malheureusement, beaucoup d’entre eux souffrent de plusieurs formes et degrés de violence. Ils n’en sont parfois pas conscients, car cette violence est normalisée dans leur vie », explique Pilar Orenes, directrice générale d’Educo.

Le Directeur Pays d’Educo Mali, M. Hermann Djidjoho NOUNAWON KEKERE estime que « les crises exacerbent les violences à l’encontre des enfants. Au sahel, particulièrement au Mali, l’insécurité est à l’origine de plusieurs violences faites aux enfants ». Les Nations Unies estiment que quelque 160 millions d’enfants travaillent, et que la moitié d’entre eux exercent des emplois qui mettent leur vie en danger. De même, 12 millions de filles sont forcées de se marier chaque année. Les données relatives aux enfants victimes de la traite sont tout aussi alarmantes. Ainsi, au niveau mondial, 2,5 millions de personnes sont victimes de la traite, dont la moitié sont âgées de moins de 18 ans. On pense cependant que pour chaque victime identifiée, 20 autres ne le sont pas. « Ces données ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. De nombreux actes de violences demeurent en effet invisibles, soit parce que la société ne les reconnaît pas comme tels, soit parce que les enfants ou leur entourage n’osent pas les dénoncer. Nous sommes donc dans l’incapacité de prendre la réelle mesure du manque de protection dont souffrent des millions d’enfants dans le monde. Ce que nous savons, c’est que l’éducation fait toujours partie de la solution pour mettre fin à la violence », ajoute Pilar Orenes.

« Grâce aux espaces d’apprentissage temporaires mis en place par Educo Mali dans certaines villes du centre du Mali, plusieurs enfants déplacés internes échappent à la violence », indique Hermann Djidjoho NOUNAWON KEKERE. 

Se rendre à l’école et accéder à une éducation de qualité sont des facteurs clés. Ils permettent d’éloigner les enfants des violences telles que la traite, le travail et le mariage des enfants, ainsi que d’autres abus. L’éducation leur fournit non seulement des outils pour se défendre, mais surtout des alternatives dans la vie.

« En général, les écoles sont des espaces sûrs où les enfants sont protégés. Nous sommes pourtant conscients que la violence se manifeste de différentes manières dans les salles de classe et devons travailler pour que cela n’arrive pas », affirme la directrice générale de l’organisation.

Selon les données de l’Unesco, 1 enfant ou adolescent sur 3 dans le monde est victime de harcèlement. Cette proportion atteint presque la moitié des élèves sur le continent africain (48,2 %) et au Moyen-Orient (41,1 %). Les châtiments corporels continuent d’être utilisés comme méthode punitive dans de nombreux contextes. Ils sont certes interdits par la loi dans les écoles de 132 pays, mais demeurent autorisés dans 63 autres. Dans des contextes de guerre, de conflit armé et de catastrophe naturelle, l’éducation de l’enfance est l’un des premiers droits à être suspendu et l’un des derniers à être rétabli.

Entre 2020 et 2021, plus de 5000 attaques dirigées contre des écoles et des universités ont été signalées, y compris les cas d’utilisation militaire des installations scolaires. Au cours de la même période, au moins 9000 étudiants et éducateurs ont été blessés ou tués.

Face à cette réalité, Educo, en tant qu’ONG qui défend le droit des enfants à l’éducation, propose 5 mesures clés pour que les écoles soient plus sûres pour l’enfance :

1. Formation. Pour lutter contre la violence dans les centres éducatifs, il est essentiel que les élèves, les enseignants, les familles et la communauté sachent quels sont les droits des enfants et quelles pratiques, coups, négligence ou mariage d’enfants, constituent des formes de violence. De même, l’éducation positive et la bientraitance doivent être encouragées.

2. Écoute active.Pour faire de l’école un lieu plus sûr, il faut écouter les élèves de manière active et leur permettre de participer aux débats sur les questions qui les concernent. Il est fondamental de leur donner l’opportunité de raconter sans crainte ce qui leur arrive, et de leur faire savoir qu’ils seront aidés s’ils en ont besoin, aussi bien à l’école que dans leur famille ou leur communauté. Leurs opinions doivent par ailleurs être prises en compte lors de l’établissement des règles de coexistence dans les centres scolaires.

3. Installations sûres. Les écoles ne doivent pas être attaquées, comme l’établit le droit international. Elles ne doivent pas non plus contenir des endroits et des recoins éloignés ou inaccessibles, où des agressions peuvent être commises sans que personne n’en soit témoin.

4. Investissement. Sans financement, il n’est pas possible de parvenir à une école publique sûre et de qualité. Il faut donc inciter les gouvernements à s’engager financièrement. En effet, selon les estimations de l’Unesco, le déficit de financement de l’éducation au niveau mondial s’élève à près de 100 milliards de dollars.

5. Réseaux de soutien. Encourager le travail en réseaux entre les centres éducatifs, la communauté, les familles et les gouvernements permettra d’élaborer des lois spécifiques et efficaces pour protéger les enfants, et convertira non seulement l’école mais aussi l’ensemble de leur environnement en un lieu plus sûr.

« La Journée de l’éducation est l’occasion de nous féliciter pour ce qui a été accompli, mais aussi de nous rappeler tout ce qu’il reste à faire. Nous sommes encore loin de nous conformer aux impératifs fixés par l’Agenda 2030 en matière d’éducation de qualité et d’environnements sûrs. Commencer par appliquer ces cinq mesures nous aidera à atteindre des objectifs qui nous semblent toujours plus lointains », déclare Pilar Orenes.

Le Jalon

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