Des milliers de personnes au Boulevard de l'Indépendance pour dire non aux sanctions de la CEDEAO
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Choguel : « C’est le destin de l’Afrique qui se joue au Mali »

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Le Mali prépare sa riposte pour la sauvegarde de sa souveraineté et de la préservation de son intégrité territoriale face aux menaces de la CEDEAO, a affirmé le Premier ministre ce vendredi 14 janvier devant des milliers manifestants en colère contre la France et des chefs d’Etat de la CEDEAO.

Des milliers de Maliens, à l’appel du gouvernement de la transition, se sont amassés sur le Boulevard de l’Indépendance, pour dénoncer les sanctions de la CEDEAO-UEMOA et les pressions internationales pour un retour rapide à l’ordre constitutionnel.

A la tête de la mobilisation : le Premier ministre habillé en treillis militaire accompagné de plusieurs membres de son gouvernement, du Conseil national de Transition, des leaders de la société civile et des responsables politiques.

Sur les pancartes tenues par des manifestants, on pouvait lire des messages hostiles à la France et à la CEDEAO : « Non aux génocides de la France au Mali », « Non, à des sanctions injustifiées et illégales », « La France manipule contre le Mali », « Non aux sanctions de la CEDEAO pour un Mali libre ». D’autres scandaient aussi : « A bas la France », « Nous voulons une transition de 5 ans », « Libérez le Mali ».

« Je suis venu déplorer l’attitude de la CEDEAO contre l’un de ses membres. L’esprit de l’organisation n’est pas d’affaiblir ses membres. A cet effet, je pense que les Chefs d’Etat ont été mal inspirés en décidant de sanctionner le Mali », a indiqué Amadou Traoré.

Le rappel des ambassadeurs, le gel des avoirs de l’Etat, la fermeture des frontières avec le Mali, la suspension des aides de l’organisation sont des mesures imposées au Mali lors du sommet extraordinaire CEDEAO-UEMOA tenu le dimanche le 9 janvier 2022 à Accra.

 « Si les sanctions sont excessives, les 5 ans proposés par les autorités de la transition sont exagérés aussi. Une transition ne doit pas durer. Mais face à ces sanctions, je suis du côté de mon pays, de mes concitoyens », a ajouté le jeune Traoré.

En revanche, Amadou Guindo pense que le Mali est un pays souverain qui doit décider de son avenir sans une ingérence de la communauté internationale dont la CEDEAO. Selon lui, cette Organisation n’a pas de leçon à donner à aucun pays en termes de bonne gouvernance et du respect des textes.

« Ces sanctions vont avoir l’avantage de renforcer la cohésion, l’union entre les Maliens. La mobilisation de ce vendredi en est une illustration. A Bamako comme à l’intérieur du pays, les gens, à l’unisson, se sont mobilisés », a-t-il déclaré, ajoutant « Nous irons si loin s’il faut pour arracher définitivement notre indépendance, notre souveraineté. C’est que nous aspirons et Assimi vient de nous ouvrir une porte de ce long chemin ».

Outre les Maliens, une forte communauté sénégalaise, togolaise et burkinabé au Mali se sont associées à la mobilisation pour manifester leur soutien et solidarité au peuple malien.

« Nous sommes touchés, gênés que notre président a validé les sanctions contre le Mali, un pays frère, ami avec lequel nous partageons l’histoire, la culture. Beaucoup de choses lient les peuples maliens et sénégalais», a indiqué un manifestant de nationalité sénégalaise. Selon lui, une sanction contre le Mali, c’est une sanction contre le peuple sénégalais.

Mandat de la refondation

Le point de désaccord entre la CEDEAO et le Mali demeure la durée de la transition. Dans un premier, le gouvernement a proposé 5 ans puis 4 ans en évoquant les raisons d’insécurité pour tenir les élections crédibles, transparentes et apaisées.

« L’objectif de Assimi est le retour à l’ordre constitutionnel. Il ne peut se faire sans un niveau de sécurité permettant au peuple d’aller voter », a affirmé le colonel Abdoulaye Maïga, porte-parole du gouvernement. Déjà, selon lui, les forces maliennes sont en train de réaliser des exploits énormes avec la neutralisation des terroristes.

Dans un contexte d’insécurité avec les reformes en chantier, ce n’est plus une transition en cours, mais un mandat de la refondation, a précisé le ministre de la Refondation, Ibrahim Ikassa Maiga.  

« Nous soutenons la décision de la transition. Ce n’est pas une transition ordinaire mais celle de la refondation », a aussi déclaré Jeamille Bittar, responsable du M5-RFP.

Une mobilisation inédite

Pour beaucoup, c’est le nouveau départ pour le Mali s’émanciper de la domination française, à l’image de Adama Diarra dit Ben le Cerveau, membre d’un mouvement favorable au renforcement de la coopération entre le Mali et la Russie au détriment de celle avec la France.

« Assimi Goita est le libérateur. Ce 14 janvier s’inscrira dans l’histoire du Mali. C’est la première fois qu’il y a une telle mobilisation pour soutenir un président de la République. C’est le destin de l’Afrique qui se joue au Mali. C’est le début de la fin de France-Afrique. Les Maliens sont mobilisés aussi  pour de demander à la France de dégager de leur territoire », a déclaré Ben le Cerveau.

Le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, dans un discours nationaliste, n’a fait pas de cadeau aux Chefs d’Etat de la CEDEAO et celui de la France soupçonné d’être derrière les mesures contre le Mali. La stratégie, explique le Premier ministre, consistait à révolter le peuple contre le pouvoir en place.

 «  Le Monde entier voit où se trouve la légitimé populaire. Dans une certaine mesure, c’est le destin de l’Afrique qui se joue au Mali. C’est pourquoi le peuple africain soutient le Mali. Le peuple du monde soutien le peuple malien», a déclaré Choguel Maïga.

Pour lui, les chefs d’Etat ont fait une mauvaise lecture sur le Mali en ne tenant pas compte de l’histoire de ce peuple. « Qu’on comprenne qu’il ne faut pas se tromper de peuple, d’interlocuteur, d’époque. Il n’y a des choses qui ne peuvent jamais se passer au Mali. Ceux, qui sont pouvoir, sont les descendants de ceux qui ont mené la résistance contre l’impérialisme », a-t-il rappelé.

A cet effet, affirme le Premier ministre « nous avons peur que de deux choses : Dieu et le peuple malien », tout en rassurant ses concitoyens que la transition a validé un plan de riposte pour la sauvegarde de la souveraineté et de la préservation de l’intégrité territoriale du pays face aux sanctions de la CEDEAO.

Cependant, restant toujours ouvert au dialogue, le chef du gouvernement a salué et remercié le soutien des pays qui apportent leur soutien et solidarité au Mali et à son peuple.

A l’image de la capitale, les mobilisations se sont déroulées presque dans toutes les grandes villes du pays.