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De Siguiri à Bamako : l’eldorado de l’or tourne au cauchemar pour Alassane Thienforé

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Alassane Thienforé, après deux ans de dur labeur, est contraint de quitter Siguiri, en Guinée, avec un goût amer de rêve non réalisé. Lui, qui a quitté l’école pour faire fortune sur le site d’orpaillage, sans argent, est aidé par sa famille pour rejoindre Bamako.

Portant un jean, pantalon troué. Les yeux tout rouges. Les cheveux couverts de poussière. Visage perdu, Alassane Thienforé, visiblement épuisé s’est adossé à un véhicule devant la direction générale de la comptabilité publique à l’ACI 2000 à Bamako.

Autour de lui, des milliers d’orpailleurs sommés de quitter le territoire guinéen sont en errance. En petits groupes, ils se rassemblent dans ce quartier. D’autres jonchent le long des voies principales du district de Bamako. Une scène inhabituelle dans la capitale malienne. 

A peine 20 ans, Alassane Thienforé rêvait de faire fortune sur les sites d’orpaillage. Aujourd’hui, il est indésirable en Guinée Conakry où il vivait depuis 2 ans. Sa situation découle de la décision récente des autorités guinéennes d’interdire l’exploitation anarchique de l’or dans la région administrative de Siguiri, mesure justifiée par Conakry par la dégradation des terres agricoles, la pollution des cours d’eau et la destruction du couvert végétal.

Pour de nombreuses victimes de cette mesure, loin d’être une simple réglementation du secteur, c’est une chasse aux orpailleurs étrangers. Ils s’arc-boutent sur l’ultimatum de 72 heures qui leur a été donné de quitter le territoire. Un délai qu’ils jugent insuffisant pour préparer un voyage de retour.

‘’Nous avons marché 72 heures avant d’arriver à la frontière du Mali’’, affirme Thienforé, en dépit d’une blessure aux orteils. Selon lui, c’était l’alternative pour échapper à la colère des forces de l’ordre guinéennes qui, malgré les conditions difficiles du voyage, auraient dépouillé certains orpailleurs de leurs seuls biens.

“On a été chassés comme des oiseaux. On n’a pas eu le temps pour préparer ce voyage. Dans la précipitation, je n’ai pas pu récupérer mon argent à mon employeur. Le peu d’économie que j’avais été soutirée par des policiers guinéens lors d’une fouille. Beaucoup d’orpailleurs ont été victimes de vol’’, accuse le jeune Alassane, la mine serrée.  

A la frontière malienne, à Kouremalé, soupire-t-il, en compagnie d’autres concitoyens, il a payé le service d’un transport en commun pour rejoindre Bamako. Alassane dit avoir pu le faire grâce à l’argent envoyé par sa famille restée au Burkina.

‘’ J’ai informé ma famille au Burkina qui m’a envoyé de l’argent pour pouvoir venir au Mali. Sans cet appui, j’allais encore marcher pour regagner à Bamako’’, précise-t-il.

Le jeune Thienforé, qui a abandonné l’école très tôt, vit sa première grande déception.

‘’En 2021, j’ai abandonné à l’école en 5e année pour aller chercher de l’argent. En 2024, je suis arrivé en Guinée après deux ans au Mali’’, raconte le jeune Alassane, le regard perdu.

En deux ans de dur labeur, l’activité sur les sites d’orpaillage est loin d’avoir été l’eldorado où il est facile de trouver de l’argent. A Siguiri sur un site d’orpaillage, le garçon indique avoir travaillé pour un employeur qui le payait à la fin du mois. Sans répit, souligne-t-il, travailler pour réaliser un jour son rêve :  gagner beaucoup d’argent pour subvenir aux charges de sa famille.

‘’Je faisais un peu de tout. Je lavais les extras de boue et les autres activités de mon employeur. A la fin du mois j’envoyais de l’argent à ma famille. Par ce geste, je me sentais utile auprès de mes proches’’, explique-t-il, en caressant ses cheveux.

‘’Nous avons vécu la galère ces derniers jours en Guinée. Je n’ai pas l’impression que nous vivons sur le même continent’’, a déclaré Alassane qui regrette d’avoir abandonné ses études au profit de ce travail.

Désormais, il imagine un retour et une reconversion difficiles, faute de compétence précise. Malgré cette réalité, il ne pense pas, dit-il, un jour « retourner en Guinée ».

A Bamako, où il a décidé l’aventure guinéenne, Alassane Thienforé y est revenu deux ans plus tard par la force des circonstances. Pour lui, c’est une mésaventure. Son souvenir reste marqué par le travail épuisant avec des journées qui ne se terminent presque pas.  Le plus dur reste, pour lui, l’argent qui n’est pas au rendez-vous au terme de cette histoire à Siguiri.