Le département d’État américain a publié son rapport 2026 sur la traite des personnes, consacrant une section au Mali. Le document évalue les actions menées par les autorités entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2026, dans un contexte marqué par l’instabilité sécuritaire et les difficultés d’accès à certaines zones du territoire.
Selon le rapport, le gouvernement du Mali a annoncé avoir instruit 98 affaires de traite des personnes impliquant 253 suspects au cours de la période examinée. Ce chiffre représente une hausse par rapport à la période précédente, au cours de laquelle 68 affaires avaient été recensées. Pour Washington, cette progression traduit une activité accrue des services chargés des enquêtes, même si les résultats en matière de condamnations et de protection des victimes restent déterminants pour apprécier l’efficacité réelle de la réponse étatique.
Le rapport américain distingue deux formes principales de traite : la traite à des fins d’exploitation sexuelle et le travail forcé. Au Mali, les populations les plus exposées demeurent les enfants, les femmes, les migrants et les personnes déplacées, particulièrement dans les régions où la présence de l’État est affaiblie. Les zones du nord et du centre du pays, affectées par le conflit armé, compliquent la prévention, l’identification des victimes et la poursuite des auteurs présumés.
Des efforts, mais des limites
Dans son édition précédente, le département d’État avait classé le Mali dans la catégorie « Tier 2 », estimant que les autorités ne répondaient pas pleinement aux normes minimales de lutte contre la traite, mais déployaient des efforts significatifs pour y parvenir. Ce classement repose principalement sur l’ampleur des actions concrètes de l’État : législation, enquêtes, poursuites, condamnations, assistance aux victimes et prévention.
Les défis restent importants. Ils concernent notamment le renforcement des capacités des enquêteurs et des magistrats, l’amélioration de l’identification des victimes, la mise à disposition de centres d’accueil adaptés, ainsi que la lutte contre l’impunité. La coopération avec les organisations de la société civile et les partenaires internationaux demeure également essentielle, car les victimes ont souvent besoin d’une protection immédiate, d’un soutien psychosocial et d’un accompagnement vers la réinsertion.
Un enjeu de protection sociale
Au-delà des chiffres, le rapport rappelle que la traite des personnes n’est pas seulement une question pénale. Elle touche à la pauvreté, aux déplacements forcés, à l’accès à l’éducation, à la vulnérabilité des mineurs et à la faiblesse des filets de protection sociale. Au Mali, où de nombreuses familles font face à des difficultés économiques, les enfants et les jeunes migrants peuvent être particulièrement exposés à l’exploitation par le travail, à la mendicité forcée ou aux réseaux de traite.
La publication de ce rapport intervient alors que les autorités maliennes sont appelées à consolider leurs dispositifs de lutte contre ce fléau. Pour les observateurs, l’enjeu est désormais de transformer les enquêtes en poursuites effectives, de garantir une protection réelle aux victimes et d’étendre les services d’assistance au-delà des grands centres urbains.
Le rapport américain ne constitue pas une sanction, mais un outil de pression diplomatique et d’évaluation. Il invite les autorités à maintenir et à approfondir leurs efforts, afin de mieux protéger les populations vulnérables et de renforcer la lutte contre un crime qui porte atteinte à la dignité humaine.






