VIH SIDA: La chance de vivre en couple avec des sérologies différentes

6 mins de lecture

Le virus de l’Immunodéficience Humaine (VIH) est une maladie transmissible. La pathologie se transmet par voie sexuelle, sanguine ou de mère à l’enfant. Une personne séropositive est infectée par le VIH. Cependant, peut-elle vivre en couple avec une personne non infectée autrement dit de séronégatif sans contamination ? 

 Au Mali, les perceptions de la population envers les personnes infectées par le VIH sont souvent stigmatisantes. Ce préjugé exclut la plupart des victimes de mener une vie sentimentale en couple avec un individu séronégatif. Pourtant, cette exclusion est un stéréotype illusoire révélateur d’un manque d’information sur le VIH. C’est le cas de  Bakoro Camara, courtisée par des hommes après le décès de son époux mais aujourd’hui isolée en raison de sa sérologie avérée positive. Cela même par certains membres de sa famille. « Depuis qu’ils ont appris que je suis séropositive, beaucoup se sont éloignés de moi. Ils ne veulent rien venant de moi », témoigne-t-elle. Ses enfants sont son seul soutien. Pourtant, il est possible de vivre en couple avec un individu séropositif sans contamination. Mais comment ?

Charge virale indétectable, VIH intransmissible

Dans l’anonymat, S D, une jeune malienne vivant en Côte d’Ivoire a accepté de relater son histoire. Elle a découvert qu’elle est infectée par le VIH alors qu’elle venait juste d’atteindre ses 22 ans. « En ce moment, je sortais avec un homme séronégatif mais qui voulait m’épouser. J’avais peur de lui dire que je suis séropositive pour ne pas mettre fin à notre relation. J’ai demandé conseil à mon médecin qui m’a rassuré sur la possibilité de vivre en couple et m’a encouragé à lui dire la vérité. J’ai été surprise par sa réaction après l’annonce. “T’inquiète pas, cela n’est pas une raison de mettre fin à notre amour”, m’a-t-il consolé » raconte  S D.

Aux dires de la jeune dame, sa seule option est de suivre scrupuleusement les conseils de son médecin dont le traitement antirétroviral. Résultat: elle a vaincu le VIH « Sept mois après, mon docteur m’a annoncé que ma charge virale était indétectable. C’est-à-dire que le virus du VIH est faible et indétectable dans mon sang. Autrement dit, il y a moins de risques que je le transmette. Oui, intransmissible », s’exclame S D. Les deux conjoints continuent leur aventure amoureuse  et finissent par se marier mais dans le strict respect  des consignes médicales. « Je suis très heureuse avec mon mari et nous sommes sur le point d’avoir un enfant », se réjouit-t-elle.

Les mesures de protection pour une vie affective en couple sans contamination

Selon Professeur Yacouba Cissoko, infectiologue à l’hôpital du Point G, il est possible de vivre avec une personne séropositive sans se contaminer. Car explique-t-il, la plupart des cas de contamination dans un couple surviennent à travers les rapports sexuels non protégés, sans preservatif. « Tant qu’il y aura une barrière entre le liquide sexuel de la personne infectée et son ou sa partenaire non infecté, ce ou cette dernière sera protégée » affirme Pr Cissoko. Autrement dit, l’utilisation du préservatif diminue le risque de contamination.

Outre la protection, le traitement antirétroviral est une mesure pertinente contre la transmission du VIH. « Le virus se retrouve dans le liquide sexuel du sujet infecté à partir de son sang.  Une personne séropositive peut ne pas transmettre le VIH si sa charge virale est indétectable. Cela est possible après la mise sous traitement antirétroviral », indique le spécialiste. 

En d’autres termes, le traitement antirétroviral permet d’arrêter la multiplication du virus de l’Immunodéficience Humaine jusqu’à rendre la charge virale indétectable. Ce qui va réduire considérablement le risque de transmission du VIH. D’où le principe « indétectable, intransmissible », résume Pr Cissoko.

L’infectiologue, rassure que les couples de sérologie-discordants peuvent avoir une vie affective quasi normale en respectant les mesures notamment la fidélité, le dépistage, le port du préservatif, l’utilisation de la prophylaxie pré-exposition du VIH pour les séronégatifs, la prise du  traitement antirétroviral (TARV) et le suivi médical régulier. Enfin, en cas de désir d’enfant, se faire assister par un médecin spécialiste qui saura les conseiller et les assister.

En conclusion, on peut clairement retenir que malgré les nombreux préjugés sur le VIH, les personnes de sérologies discordantes peuvent bien s’aimer sans se contaminer.

Jiadata MAIGA

Le Jalon

"Informer bien au lieu d'informer vite"