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VIH/SIDA au Mali : la nécessité d’une loi intégrale

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Le Mali dispose de plusieurs textes juridiques visant à protéger les droits des personnes vivant avec le VIH. Pourtant, ces dernières restent confrontées à la stigmatisation et à la discrimination, soulevant ainsi à inquiétude majeure : la loi protège-t-elle réellement ces personnes ou contribue-t-elle, indirectement, à leur exclusion ?

Le Mali a adopté notamment la loi n° 06-028 du 29 juin 2006 relative à la prise en charge du VIH/SIDA. Celle-ci est complétée par d’autres textes juridiques tels que la loi sur la santé de la reproduction, la Constitution et le Code pénal.

Cependant, Oumou Diarra, directrice exécutive de RMAP+, dénonce le retard dans l’application de la loi n° 06-028 du 29 juin 2006 relative à la prévention, à la prise en charge et au contrôle du VIH/SIDA.  Pourtant, ce texte a été révisé pour corriger des insuffisances en matière de protection et de suivi des personnes vivant avec le VIH (PVVIH).

Outre ces défaillances, la stigmatisation et la discrimination dont sont victimes les PVVIH demeurent des défis majeurs. « Lorsqu’une personne est déclarée séropositive, il arrive que même sa propre famille la rejette. Plusieurs foyers ont été détruits à cause de cette situation », regrette Mme Diarra.

Elle souligne que cette stigmatisation prend souvent naissance au sein des familles, avant de s’étendre à la communauté, voire à certains services de santé. La situation pousse beaucoup de personnes atteintes de dissimuler de dévoiler leur statut sérologique, ajoute-t-elle.

Une stigmatisation persistante dans les structures de santé et la communauté

Selon la directrice exécutive de RMAP+, la loi accorde un délai de six semaines à une personne séropositive pour informer son partenaire. Passé ce délai, le prestataire de santé est autorisé à convoquer le couple et à partager l’information. Une disposition qu’elle juge problématique. « Ce délai est insuffisant pour permettre à une personne d’accepter son statut et de trouver les moyens d’en parler à son partenaire », explique-t-elle.

Pour Mme Diarra, cette mesure porte atteinte à la confidentialité des données personnelles et accentue l’angoisse des malades. « Beaucoup hésitent à faire valoir leurs droits en cas de divorce ou de violation, de peur que leur statut ne soit divulgué », déplore-t-elle, relevant que cette situation entretient un climat de peur et renforce la marginalisation des PVVIH dans la société.

Baba Niamaké Dembélé, spécialiste genre et droits humains à Plan International Mali, évoque également les obstacles à l’accès à des services de santé de qualité, aggravés par la précarité économique des personnes concernées. Il met en cause les barrières législatives et les pesanteurs socioculturelles qui limitent un accès équitable aux soins.

« Le gouvernement est engagé dans la lutte contre le VIH, mais des insuffisances persistent, notamment en matière d’accès universel aux soins et de disponibilité du personnel qualifié », souligne-t-il, avant d’appeler à une révision de certaines dispositions juridiques afin de mieux protéger les PVVIH.

De son côté, Joseph Dougnon, de la Cellule nationale de lutte contre le SIDA, reconnaît l’existence d’un cadre juridique et stratégique en faveur des personnes vivant avec le VIH. Toutefois, insiste-t-il, sur le décalage entre les textes et leur application. « La loi existe, mais son effectivité sur le terrain reste limitée », affirme-t-il.

Il met en avant plusieurs défis : insuffisance de la couverture sanitaire, manque de personnel qualifié, faibles capacités des laboratoires, difficultés d’approvisionnement en médicaments, ainsi que les contraintes liées à l’insécurité et aux crises humanitaires.

Vers l’adoption d’une loi spécifique

Face à ces défis, il plaide pour une loi mieux adaptée aux réalités nationales, capable de réduire la stigmatisation, de rapprocher les services des populations, de sécuriser les financements et de garantir un accès équitable aux soins.

Par ailleurs, le pays a ratifié plusieurs conventions internationales relatives aux droits des personnes vivant avec le VIH. Cependant, malgré cet arsenal juridique, les PVVIH continuent de faire face à la stigmatisation, à la discrimination et à l’exclusion sociale.

Face à ces constats, Ibrahim Ben Mamata Touré, juriste, recommande l’adoption d’une loi spécifique visant à lutter contre la stigmatisation et la discrimination liées au VIH/SIDA.

Selon lui, celle-ci permettrait non seulement de renforcer la protection des droits des personnes concernées, mais aussi de sanctionner les auteurs de violations et d’offrir de meilleures perspectives d’inclusion sociale.

Jiadata Maiga

Le Jalon

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